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« En cessant d’être capitale, Rio a dû repenser qui elle était » - Bom Dia Brésil
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L'ancien palais présidentiel du Catete (Flickr/L. Correia)

« En cessant d’être capitale, Rio a dû repenser qui elle était »

Ce jeudi 1er mars, Rio de Janeiro fête ses 453 ans. A cette occasion, la médiathèque du consulat général de France à Rio accueille ce soir une conférence sur une page spéciale de l’histoire de la ville : le 20 avril 1960, jour où Rio a cessé d’être la capitale du Brésil au profit de Brasilia. Bom Dia Brésil a interviewé l’historien Laurent Vidal, qui animera cette conférence avec Paulo Knauss, directeur du Musée historique national.

Laurent Vidal (DR).

Vous avez effectué des recherches sur le jour où Rio de Janeiro a cessé d’être capitale du Brésil, le 20 avril 1960, et en avez tiré un livre, Les larmes de Rio. Que s’est-il passé ce jour-là dans la cidade maravilhosa ?

La première impression, c’est que le jour du transfert de la capitale a été un jour ordinaire. Il n’y a pas eu de jour férié, les habitants de Rio n’ont pas été particulièrement mobilisés par ce qui se passait ce jour-là. Mais quand on creuse un peu, on se rend compte que le gouvernement du Président Juscelino Kubitschek avait organisé une véritable mise en scène de sa sortie. Ça s’est fait sur une dizaine de jours en vérité : il y a eu des réunions, des discours, des sorties « inopinées » du Président dans la rue pour dire adieu au peuple.

Le matin du dernier jour de Rio comme capitale, une cérémonie est organisée au palais présidentiel du Catete par le Président Kubitschek...

Elle est marquée par un moment très fort, la descente des escaliers du Catete, qui va être immortalisée par une photo diffusée dans toute la presse. C’est le symbole du pouvoir qui quitte Rio. Certains étaient dubitatifs avant ce 20 avril : il y avait eu toute une campagne de presse pendant les mois qui ont précédé l’inauguration de Brasilia, qui disait que c’était inconséquent d’aller à Brasilia, que rien n’était prêt, ce qui n’était pas faux, qu’il valait mieux rester à Rio et remettre ça à plus tard. Le président Kubitschek voulait montrer que ça allait se faire, il avait besoin de preuves matérielles, y compris des photos.

Le gouvernement Kubitschek descend les escaliers du Catete (DR).

Kubitschek voulait-il absolument que le pouvoir quitte Rio ?

Non, son projet c’était d’abord de réaliser 50 ans de progrès en cinq ans de gouvernement. Mais il était aussi le premier homme politique brésilien à recourir à des spin doctors, des conseillers en communication. Ces derniers ont utilisé pour la première fois des enquêtes d’opinion, et ils se sont rendu compte que le discours du Président ne prenait pas. Ils lui ont alors conseillé de trouver un symbole fort. C’est à ce moment-là que va surgir l’idée de Brasilia, qui devient l’objectif-synthèse du projet de Kubitschek. Le transfert de la capitale est intervenu dans un deuxième temps.

Comment les Cariocas ont-ils dit au revoir à leur statut de ville-capitale ?

Il y a eu au sein de la population tout un ensemble d’actions ou de manifestations, dont certaines coordonnées par la presse. Globo s’est ainsi beaucoup investi pour dire au revoir à la capitale et accueillir le nouvel Etat de la fédération. A l’époque, on appelait Brasilia la nova cap, pour nouvelle capitale, et les mauvaises langues voulait baptiser Rio la velha cap, la vieille capitale. Résultat, il y a eu toute une campagne de presse pour défendre Rio, la bela cap, la belle capitale. On oppose donc la bela cap à la nova cap, et de multiples initiatives sont lancées pour redonner une sorte d’estime de soi à Rio, pour montrer qu’elle garde ses atouts. On se dit qu’on va développer le tourisme, qu’on est déjà fameux dans le monde entier, et que la perte du statut de capitale n’y changera rien.

Rio va se vendre pour ce qu’elle est : pas la capitale du Brésil mais la plus belle ville du Brésil.

Pour certains, ce 20 avril est synonyme de début du déclin pour Rio...

Pour écrire mon livre, j’avais rencontré des Cariocas qui étaient adultes au moment du transfert, d’autres qui étaient plus jeunes, mais à peu près tout le monde déclarait que le déclin de Rio avait commencé quand la ville a perdu le titre de capitale. Je trouve ça sidérant. L’idée d’un déclin de Rio est une lecture un peu radicale à laquelle je n’adhère pas. Le titre de capitale et le fait d’être le siège des institutions n’amène pas forcément les investissements économiques. Et quelques jours avant que Rio cesse d’être capitale, en avril 1960, était sortie dans la presse brésilienne une enquête coordonnée par un Français, le père Lebret, sur les favelas à Rio. On y apprend que 800.000 personnes vivaient dans ces communautés à l’époque. Ça a été un choc, c’était l’étude la plus poussée qui avait été faite jusque-là sur la misère à Rio. Cela montre que les problèmes sociaux étaient déjà là quand la ville était capitale.

(DR)

N’y a-t-il pas eu un impact sur l’économie de la ville avec la perte des administrations fédérales ?

Cela a eu une influence, mais plutôt une petite influence et peut-être même une influence positive. Rio a ainsi commencé à développer une politique touristique à partir des années 1960, avec des structures pour accueillir les touristes, avec la mise en place d’une narration touristique autour de la bela cap. Rio va se vendre pour ce qu’elle est : pas la capitale du Brésil mais la plus belle ville du Brésil. Le transfert de la capitale, ça a été un peu comme une séparation pour Rio : il a fallu que la ville repense qui elle était. Elle reste une capitale culturelle, dont l’ambition est de jouer dans le cour des grands au niveau mondial. Rio n’avait pas été fondée pour être capitale du Brésil, elle l’a été pendant environ deux siècles, c’est finalement juste une page de son histoire.

Jeudi 1er mars, 19h, à la médiathèque du Consulat général de France. Conférence « O último dia do Rio como capital », avec Laurent Vidal et Paulo Knauss.

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