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Ça fait du ramdam : le discours antiraciste d'une étudiante qui bouscule le Brésil - Bom Dia Brésil
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Michele Alves(Archives personnelles)

Ça fait du ramdam : le discours antiraciste d'une étudiante qui bouscule le Brésil

Michele Alves a frappé fort lors de la cérémonie de remise des diplômes de droit de l’université pontificale catholique de São Paulo (PUC), organisée mi-février. La jeune femme de 23 ans aura sans aucun doute retenu de ses études l’art de manier les mots et de faire mouche. Car outre les traditionnels remerciements, elle a choisi de faire passer un message : une dénonciation en bonne et due forme de tous les préjugés et du racisme dont sont victimes les élèves boursiers. « A travers ce discours, je suis venue raconter notre réalité, ici à la PUC. En ce soir si spécial, au cours duquel nous nous souvenons de notre trajectoire à l’université, j’aimerais parler de résistance, mot tant utilisé par nous tout au long de ces cinq années », s’élance-t-elle face à l’assemblée, dans un Citibank Hall plein à craquer. La vidéo de son intervention a été visualisée plus de 220.000 fois et partagée plus de 6.500 fois.

Originaire de l’intérieur de l’Etat de Bahia, Michele est fille d’une femme de ménage, Celma. Mère et fille ont choisi de s’installer dans l’Etat de São Paulo, alors que cette dernière était encore adolescente. Michele a confié à Bom Dia Brésil que même dans les moments de doute, incitée par sa mère, elle a toujours cherché à poursuivre ses études. Jusqu’à intégrer la faculté de droit de la PUC grâce à l’obtention d’une bourse. Un statut qui semble mettre à part le groupe d’élèves en bénéficiant, en raison de réalités de vie différentes. « Je dédie ma résistance à ceux qui ont grandi sans aucun privilège, sans confort et sans garantie d’un futur prometteur, à ceux qui ont dû se taire à l’université alors qu’ils demandaient la parole et qui ont porté, depuis tout jeunes, ce fardeau de ne pas appartenir aux classes dominantes » annonce-t-elle ainsi dans son discours. Avant d’évoquer le fait d’avoir dû subir « les blagues sur les pauvres, les discours réactionnaires de l’élite », mais aussi les « insultes à notre classe, aux propos des étudiants tenus sur leurs femmes de ménage, leurs portiers », des métiers qu’exercent les parents de nombreux boursiers. Sans compter les professeurs parfois particulièrement indélicats car ne comprenant pas la situation de vie de ces élèves.

La voix des étudiants provenant des classes les plus humbles

L’ancienne étudiante de la PUC explique d’ailleurs que ce sont ces années de « conversations et de vie auprès d’autres élèves rencontrant les mêmes difficultés quotidiennes » qui l’ont amenée à vouloir faire entendre leur voix à tous, une « volonté collective » incarnée par elle. Si elle n’a pas été sélectionnée pour faire le discours de l’ensemble de sa promotion, elle a tout de même eu l’opportunité de représenter le groupe de boursiers. Ou comment un sujet de conversation récurrent entre amis est devenu un débat entre élèves, professeurs et institution éducative. A travers ce discours, elle cherche à divulguer ce qu'est la vie des étudiants « de la périphérie, des noirs, des descendants de Nordestins et des étudiants de l’école publique ».

Elle explique que quelques personnes ont eu des réactions négatives, du fait « des préjugés qui demeurent et du manque de débat sur la question ». Mais sa voix a été entendue par le plus grand nombre, comme le prouvent les commentaires laissés en dessous de la vidéo : « Tu as tout dit ! »,  « Bravo pour cet acte de courage », « Discours conscient et révolutionnaire : bravo », « J’étais aussi élève boursière et je suis sans doute passée par toutes les mêmes étapes que toi. Merci d’en parler ». Selon elle, « les boursiers de l’ensemble du Brésil se sont sentis représentés dans ce discours et ont été un point de relais important pour la dimension qu’a pris mon allocution ».

Un discours à teneur politique

Toutefois, ce discours ne se veut pas une simple dénonciation d’années d’humiliation dans le cadre universitaire, mais bien d’une situation qui semble s’être trop installée au Brésil. « Malheureusement, les préjugés sont une chose structurelle au Brésil, de manière qu’ils ne sont pas seulement présents dans le monde universitaire, mais aussi durant les entretiens pour un emploi, dans le cadre du travail ou même dans la rue. La PUC n’est qu’un reflet de la société », analyse-t-elle. Concluant son discours sur un « Dehors Temer », l’avocate nouvellement diplômée ne peut nier la dimension politique de ses propos. Elle souligne que « parler d’éducation, c’est déjà un discours politique, qui met en avant l’absence de politiques publiques menées dans ce domaine ».

Pour que les étudiants n’aient plus à subir le même destin que Michele et ses amis, il lui semblerait important que soient offertes notamment plus de bourses, en plus d’une éducation de base qualitative grâce à des budgets plus conséquents consacrés à l’éducation. Mais aussi qu’un espace de discussion soit ouvert, l’écoute étant « un mécanisme de transformation sociale de manière générale ». Si tout cela dépend avant tout des politiques, de son côté, elle semble décidée à apporter de l’aide aux élèves des écoles publiques de sa ville, en les amenant à revoir leurs perspectives à la hausse. « Il me semble que le changement naît avec l’idée de résistance, pas seulement la mienne, mais celle de tous ceux qui venant des classes les plus basses ont lutté et terminé leur cursus universitaire » conclut-elle.

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