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« Le Brésil est un pays très tatoué, ça ne fait aucun doute » - Bom Dia Brésil
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Le tatoueur carioca Daniel Tucci (Photo Andrea Veiga)

« Le Brésil est un pays très tatoué, ça ne fait aucun doute »

Daniel Tucci, 46 ans dont 25 consacrés à l’art du tatouage, est une référence dans le petit milieu des tatoueurs cariocas. Cleo Pires, Lady Gaga ou Ricky Martin ont déjà fait confiance à son talent. Bom Dia Brésil l’a rencontré à Rio, dans le studio du quartier Jardim Botanico où il travaille seul depuis 2018. Il décrypte la passion des Brésiliens pour les tatouages. Interview.

Vous avez commencé à tatouer il y a 25 ans. Qu’est-ce qui a changé depuis vos débuts ?

Déjà, on est beaucoup plus nombreux à travailler. J’ai longtemps travaillé au studio King Seven de Copacabana, qui a 18 ans d’existence sous ce nom cette année. Dans les années 1990, il y avait quatre studios de tatouage dans la zona sul de Rio. Or aujourd’hui, rien qu’à Ipanema, il doit y en avoir une quarantaine. Après, je trouve que les clients ont beaucoup plus changé que les tatoueurs. Le tatouage il y a 25 ans c’était beaucoup plus marginal, au sens littéral, même si les choses commençaient à changer. Il y avait des groupes de metal qui commençaient à être très populaires, à sortir de la marge, et le tatouage a suivi ce mouvement. Ce n’était pas encore le grand boom du tatouage qu’on connaît aujourd’hui au Brésil.

Aujourd’hui le tatouage s’est donc considérablement démocratisé…

Il touche toutes les classes sociales. Il y a 25 ans, peu de gens avaient un ordinateur, Internet n’en était qu’à ses débuts. Pour moi, le boom du tatouage est lié à Internet : les gens cherchent des tatouages, ont accès en permanence à ce qui ce fait aujourd’hui. Instagram, c’est un gigantesque portfolio en ligne de millions d’artistes. Il y a 25 ans, on allait acheter Tatoo Magazine une fois par mois au kiosque à journaux à Cinelândia ou à Saenz Peña. C’était notre référence pour un mois entier. C’était bien aussi, même si j’apprécie la technologie. Aujourd’hui, les particuliers comme les tatoueurs ont accès à un énorme volume d’information sur le tatouage. Il y a une dizaine d’émissions spécialisées à la télé. On a le meilleur tatouage, le pire, le plus drôle, le tatouage qui va recouvrir, le quotidien d’un studio. Le tatouage est-il un art ? Il peut l’être, mais il s’accompagne surtout d’un style de vie, c’est pour ça que ces émissions ont tant de succès.

Pourquoi les Brésiliens aiment-ils autant se faire tatouer ?

Neymar (Instagram/neymarjr)

C’est un pays très tatoué, ça ne fait aucun doute. Pour moi, c’est lié au football. Une fois de plus (rires). A la Coupe du monde 2002, on a vu arriver des joueurs européens avec les bras complètement tatoués. C’était la première apparition publique de gens très tatoués dans un événement mainstream. Lors du Mondial 2006, on a vu cette fois des joueurs brésiliens évoluant en Europe être tatoués. Ce sont des idoles pour les Brésiliens. La passion brésilienne pour le tatouage n’a pas été graduelle, il y a eu un déclic. Les gens ont commencé à aimer, les joueurs évoluant au Brésil ont commencé à s’y mettre aussi. Le joueur de football au Brésil, c’est une idole, pour toutes les classes sociales. Neymar par exemple est tatoué de la tête aux pieds. Le Brésilien moyen a vu ça, et s’est dit c’est génial, je veux en en faire autant. C’est courant d’essayer de refléter le style de vie de ses idoles. Pour moi, l’essor des tatouages au Brésil est vraiment passé par ça.

La passion des Brésiliens pour le tatouage est-elle une mode ?

Je ne pense pas. Le tatouage est arrivé en Occident avec les marins. Et il y a encore beaucoup de thèmes de tatouage liés aux marins : les hirondelles, les ancres, les navires. Il y a des modes dans le tatouage. Des moments où tout le monde veut un type de tatouage, une femme à tête de mort, une femme avec un tigre sur la tête. Les gens voient ça sur Instagram, ils demandent la même chose. J’essaie d’éviter ça, mais il y a des tendances que les gens suivent. En même temps cela ne me pose aucun problème. Moi-même, je suis tatoué à 80 %. J’ai plusieurs tatouages que je ne ferais pas aujourd’hui, mais ça ne veut pas dire que je les regrette. Je ne les ferais pas aujourd’hui parce que j’en ferais d’autres. Et si certains me dérangent, on peut toujours les recouvrir.

Pour moi le tatouage, c’est un journal intime. Je me tatoue depuis mes 16 ans. J’en ai 46 aujourd’hui. Ça fait 30 ans que je fais ça. Quand je vois un de mes tatouages, je me rappelle quand et où je l’ai fait. Chacun a une histoire à raconter. Ils racontent l’histoire de ma vie.

Qu’est-ce qui vous pousse à vous faire tatouer aussi souvent ?

Pour moi le tatouage, c’est un journal intime. Je me tatoue depuis mes 16 ans. J’en ai 46 aujourd’hui. Ça fait 30 ans que je fais ça. J’ai quelques années derrière moi, des années bien vécues et bien tatouées. Quand je vois un de mes tatouages, je me rappelle quand et où je l’ai fait. Chacun a une histoire à raconter. Ils racontent l’histoire de ma vie, l’histoire de rencontres. Quand vous faites votre premier tatouage, vous vous rendez compte qu’après deux ou trois jours ce n’est plus un tatouage, c’est une partie de vous-même. Quand je sors de la douche, devant la glace, je ne vois pas de tatouage, je ne vois que moi. Les gens qui regrettent c’est très rare, et c’est la plupart du temps lié à la mauvaise qualité d’exécution d’un tatouage.

Existe-t-il des thèmes de tatouage spécifiques au Brésil ?

Même si la pratique au quotidien n’est pas aussi religieuse qu’on croit, la religion est très présente au Brésil. Moi je suis athée et je déteste la religion. En Amérique du Sud on voit beaucoup de tatouages avec des références religieuses, ce qui est beaucoup moins le cas en Europe. Mais pour le reste il n’y a pas vraiment de tendances spécifiques au Brésil. Les thèmes de tatouage, pour moi c’est cyclique et saisonnal. Il y a des tendances. Avec Internet, on suit ces tendances mondiales. Je crois que les tatoueurs brésiliens travaillent de la même façon que leurs collègues au Etats-Unis ou en Europe. Ce qu’on fait, c’est du tatouage occidental qui au départ est prévu pour des blancs.

On pourrait pourtant imaginer un style de tatouage spécifiquement brésilien...

Femme Kadiwéu (Wikimedia)

On a un patrimoine propre au Brésil, avec des graphismes créés par les Indiens pour se tatouer ou se peindre le corps, mais ce n’est presque pas utilisé par les tatoueurs. Le Brésil est très doué pour oublier son patrimoine, pour ignorer la question indigène, et ça se voit aussi dans les tatouages. Il a pourtant des graphismes très jolis, comme ceux des kadiwéus. C’est une piste intéressante à explorer. Mais les gens préfèrent suivre la mode des tatouages tribaux venus du Pacifique, qui sont en réalité une mode occidentale.

Un bon tatouage c’est quoi ?

C’est le tatouage qui rend le client heureux, mais ça dépend de leurs attentes. Moi je vais avoir un regard technique et un regard artistique. J’ai une amie qui fait des tatouages abstraits que beaucoup de gens détestent. Moi je trouve ça incroyable. Ce sont des tatouages très grands, techniquement très bien faits. Donc au final, un bon tatouage c’est aussi une question de goûts et de couleurs. Et puis un bon tatouage peut être techniquement mauvais. J’ai sur la main un tatouage réalisé par ma femme, qui n’est pas tatoueuse, parce que je voulais qu’elle le fasse. Il y a un tatoueur que j’adore, Sean from Texas (voir ci-dessous), qui a plus de 400.000 abonnés sur Instagram. Aujourd’hui il tatoue bien, et moi je pense que ses tatouages sont pires qu’avant. Pour moi, il était bon quand il tatouait mal, quand il avait un style quasi naïf qui allait très bien avec son humour très sarcastique.

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D’une manière générale, que pensez-vous de la qualité des tatouages que vous voyez dans la rue où à la plage ?

On voit de tout. Dans la zona sul, on va voir du travail de meilleure qualité, sans préjugés. Mais ce n’est pas qu’une question de pouvoir d’achat. Il y a des super tatoueurs partout. Je connais des gens qui travaillent très bien dans la Baixada fluminense, et bien sûr qu’ils ne facturent pas autant que le gars qui tatoue à Leblon. Et avec eux vous aurez un travail aussi bien fait, si ce n’est meilleur. Il faut juste faire le déplacement et aller jusqu’à la Baixada. On trouve partout de bons artistes. Et on trouve partout de mauvais artistes malheureusement.

Aujourd’hui, vous pouvez commander sur Internet tout le matériel dont vous avez besoin pour tatouer et être livré en trois jours. Résultat, la grande majorité des tatoueurs ne sont pas prêts à exercer ce métier.

Vous constatez des dérives liées à la démocratisation du tatouage...

Aujourd’hui, vous pouvez commander sur Internet tout le matériel dont vous avez besoin pour tatouer et être livré en trois jours. Résultat, la grande majorité des tatoueurs ne sont pas prêts à exercer ce métier. La grande différence entre un bon et un mauvais tatoueur, c’est la qualité de son dessin. Il y a des gens qui n’ont pas cette capacité, qui ne s’y intéressent même pas. Et puis il y a les questions sanitaires qu’un tatoueur doit connaître. Moi je doute qu’un tatoueur qui ne fait pas l’effort d’apprendre à dessiner fasse l’effort de se former sur la sécurité. Il n’y a pas de formation académique, mais je crois qu’on devrait avoir une sorte de qualification pour au moins maîtriser les bases.

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