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Le président du Tribunal suprême fédéral José Antonio Dias Toffoli (Fabio Rodrigues Pozzebom/Agência Brasil)

Quelle place pour le pouvoir judiciaire sous le gouvernement Bolsonaro ?

« Aujourd’hui, il est temps que le pouvoir judiciaire retrouve la place qui est la sienne ». Tel est le credo du président du Tribunal suprême fédéral (STF), José Antonio Dias Toffoli, à la veille de la prise de fonction du nouveau gouvernement brésilien.

Invité la semaine dernière de l’événement « E agora, Brasil ? » (« Et maintenant, Brésil ? ») organisé par O Globo au sein de la Maison du consulat général de France à Rio, José Antonio Dias Toffoli a donné les grandes lignes du STF pour la mandature à venir. Le président du STF, élu en août dernier, a estimé que son organe avait su affronter les dernières « turbulences » - il n’aime pas le mot « crise » - traversées par le Brésil et qui y ont toutes terminé.

« On judiciarise tout au Brésil »

Le président du Tribunal suprême fédéral, José Antonio Dias Toffoli, à la Maison le 14 décembre 2018 (C.CHAUVEL/BOM DIA BRESIL)

« Nous avons réussi à accomplir la mission qui nous a été donnée, d’être un modérateur de tous les conflits de la société », a-t-il estimé. Sauf que, pour lui, le STF a été beaucoup trop mis en avant ces derniers temps, contraint d’intervenir sur tout, faisant du Brésil une société judiciarisée. « On vient chercher le STF avant de trouver d’autres solutions », a-t-il déploré, citant pour exemple l’intense grève des chauffeurs routiers de mai dernier. « Est-ce au STF de résoudre cette crise ? »

Pour José Antonio Dias Toffoli, ce type d’événement a démontré un échec des pouvoirs exécutif et législatif. Or, « la politique et la société doivent reprendre la conduite de la nation, faire les lois, le pouvoir judiciaire ne doit être que le dernier recours, pour arbitrer ».

« Nous n’allons pas arrêter de défendre les minorités »

Le STF est en effet un organe surchargé : 38.500 cas lui ont été soumis cette année, pour un peu plus de la moitié (52 %) de résolus. Les sujets sociaux, qui représentent le plus d’intérêt pour la société, sont traités en priorité. Mais, usant de la métaphore footballistique, le président de la Cour suprême a insisté pour que son organe ne soit plus, au sein des trois pouvoirs, avant-centre, mais défenseur.

Comment fuir ce premier rôle alors que les minorités brésiliennes estiment déjà que le pouvoir judiciaire sera leur dernier rempart face aux mesures potentiellement nuisibles à leur égard de Jair Bolsonaro ? José Antonio Dias Toffoli a rassuré : « Nous n’allons pas arrêter de défendre les minorités, mais nous défendrons ce qui a été établi dans la Constitution, notre Bible, dont nous sommes les gardiens, qui traite de la non-discrimination ». « Il faut éviter que la haine ne s’implante dans la société brésilienne, mais ce n’est pas nous pour autant qui allons délimiter les terres indigènes par exemple », a-t-il prévenu.

La sécurité, une priorité

Tout en saluant le fait que la sécurité publique soit l’une des priorités de Jair Bolsonaro, le président du STF a soigneusement évité de montrer le moindre positionnement politique. Mais, pour lui, le résultat des élections, « un changement énorme », « est la démonstration que la population brésilienne ne tolère plus un Etat bloqué, elle veut un Etat qui fonctionne et des solutions rapides ». « Et si cela ne fonctionne pas, elle sera bientôt de retour dans la rue », a-t-il estimé.

Depuis l’élection de Jair Bolsonaro, José Antonio Dias Toffoli a indiqué avoir croisé à deux reprises le président élu, qui lui a assuré adhérer au « pacte républicain ». Très attaché au dialogue entre les différents pouvoirs, le président du STF entend rencontrer régulièrement le chef de l’Etat et les présidents de la Chambre des députés et du Sénat afin d’échanger. Place aux actes.

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