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Gisèle Szczyglak : « Il faut des quotas pour les femmes dans la politique brésilienne » - Bom Dia Brésil
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Gisèle Szczyglak (DR)

Gisèle Szczyglak : « Il faut des quotas pour les femmes dans la politique brésilienne »

Au Brésil comme dans de nombreux pays à travers le monde, quand il s’agit de politique, une question se pose immédiatement : où sont les femmes ? La Française Gisèle Szczyglak, présidente de l'association Open Mentoring Network et fondatrice du cabinet WLC Partners, était invitée le mois dernier à Goiânia et Brasilia pour débattre sur l’importance des femmes dans la constitution d’un parlement démocratique. Bom Dia Brésil s’est entretenu avec elle.

Selon vous, quelles sont les raisons principales qui expliquent un tel écart entre le nombre de femmes au sein de la population brésilienne (52%), et leur faible présence en politique ? Est-ce seulement une situation due à des discriminations structurelles ou cela est aussi la faute à un manque d'intérêt et/ou d'empowerment chez les femmes ?

Il est évident que les discriminations structurelles de ce pays sont en partie responsables de cette faible présence même si le tribunal électoral incite à la représentation féminine dans le pays. Pour ce faire, les partis politiques doivent respecter un quota de 30 % de candidatures féminines (à la Chambre des députés uniquement). En pratique, ces derniers ont beaucoup de mal à respecter ces règles et certaines enquêtes ont prouvé que des candidatures féminines étaient fictives. La charge politique reste donc une fonction d’homme. Les dernières élections montrent une légère amélioration car les femmes occupent 77 places à la Chambre des députés contre 51 l’année précédente. On ne compte également que 12 femmes sénateurs sur 81 sièges, soit moins de 15 % de femmes et deux ministres nommées par Jair Bolsonaro : Tereza Cristina, ministre de l’Agriculture, et Damares Alves, ministre de la Famille, des femmes et des droits de l’homme.

Comment expliquer cette discrimination structurelle ?

La discrimination structurelle s’explique à la fois par l’histoire du pays qui lui est propre et par la nature même du politique : la façon dont le politique et l’espace public ont été élaborés dans la constitution de la démocratie occidentale. La condition féminine n’est pas un état naturel qui correspond à un déterminisme biologique. Elle est véhiculée par une forme de déterminisme social : l’intégration de la domination masculine et le manque de moyens au niveau des plus hautes instances des gouvernances pour transformer la révolte en pouvoir politique effectif. Il est le fruit d’une volonté politique d’exclure un groupe. Je précise que tous les hommes ne sont pas comme cela. Les femmes doivent s’appuyer sur des alliés parmi les hommes qui sont dans la place, ont le réseau et connaissent les codes et les règles du jeu, tout en faisant communauté avec les autres femmes et en les embarquant dans les cercles de la gouvernance.

Qu’en est-il de l’empowerment ?

Symposium de Gisèle Szczyglak en septembre 2019 au Brésil (DR)

Les femmes sont éduquées pour rester dans la sphère privée. Elles subissent des rejets, des discriminations dès qu’elles se lancent dans l’espace public et affirment leur leadership, c’est-à-dire leur puissance d’action. Femmes dirigeantes, politiques, artistes etc. dès qu’elles sortent de cet espace réducteur, elles paient le prix car elles ne sont pas encore suffisamment nombreuses. Le seuil de la mixité se situe entre 20 % et 30 %. Les femmes sont encore insuffisamment représentées au niveau de la gouvernance que ce soit dans le secteur privé ou public. En deçà d’un seuil quantitatif de 20 %, les personnes appartenant au groupe minoritaire ne peuvent réellement influencer le groupe majoritaire, mais s’adaptent à partir d’une position de « groupe dominé ». Voilà pourquoi les femmes doivent apprendre à faire communauté et à développer de la coopération avec d’autres femmes et aussi avec des hommes qui sont des alliés. Les quotas sont donc indispensables pour que les femmes soient plus présentes et dépassent le seuil de 20 %. En ce sens, les femmes doivent développer la solidarité et la coopération avec d’autres femmes en particulier. Je tiens à préciser que j’ai été invitée à participer à ce symposium par un sénateur, Luiz do Cormo, qui soutient un projet de loi de 30 % de présence d’un des deux sexes dans l’ensemble des représentations politiques à quelque niveau que ce soit.

On voit pourtant au Brésil un fort engagement des femmes sur le terrain…

Oui, les femmes savent faire preuve d’un engagement sans failles. J’en veux pour preuve notamment toutes les associations qui œuvrent pour faire bouger les choses et qui ont réussi à le faire dans de nombreux Etats sur la condition féminine même si effectivement, en politique, l'effet n'est pas encore visible en raison de la prédominance masculine et du non-respect des quotas de la Chambre des députés, et du fait que ces mêmes quotas n'existent pas dans les autres élections comme celles du Sénat ou les élections locales. On dénote également une très forte présence féminine dans les syndicats. Les femmes donc savent faire preuve d’empowerment, mais le cadre légal doit les aider à être mieux représentées en politique. Pendant le symposium, les mots de Marielle Franco ont été rappelés plusieurs fois : « Les roses de la résistance poussent sur l'asphalte. Même si nous recevons des roses, nous garderons les poings fermés et maintiendrons notre position contre les pouvoirs en place et les forces qui nous gâchent la vie. »

Malgré ces difficultés des femmes à investir la vie politique et les dangers que cela peut représenter, comme on l’a vu avec Marielle Franco, le Brésil est un des rares pays du monde à avoir eu une présidente. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Pour ce qui est de la notion de paradoxe, le Brésil n'en est pas à un près... Premier pays à avoir également élu des maires femmes de grandes villes, comme Sao Paulo par exemple... Droit de vote des femmes depuis 1932, soit 12 ans avant celui des Françaises. Rappelons que Dilma Rousseff a été la « dauphine » de Lula. Il a été son mentor et l’a soutenue. Elle a remporté ses deux élections dans les Etats du Nordeste. Les Brésiliens qui l’ont élue ont finalement opté au départ pour la continuité puisque Lula avait quitté le pouvoir avec 82 % d’opinion positive. Mais lorsque nous sortons des modèles attendus, nous sommes souvent sanctionnés de manière implicite ou explicite. Dilma Rousseff a fait éclater les codes de la représentation stéréotypée du pouvoir, où l’homme blanc est l’unité de mesure, et de la puissance. Politiquement, elle n’avait sûrement pas d’alliés suffisamment puissants dans un contexte de stratégie politique forte. Elle a également catalysé la misogynie et la culture machiste du pays.

Selon vous, quelles sont les actions essentielles à mettre en place pour mener à bien cet objectif d'avoir un plus grand nombre de femmes à des postes politiques au Brésil ?

Les quotas sont nécessaires pour obliger ceux qui appartiennent au groupe dominant à plus d’ouverture, plus de diversité et à renoncer à leurs privilèges, l’égalité et le renoncement n’étant pas très attractifs et spontanés. Les écosystèmes les plus équilibrés sont ceux qui intègrent la diversité parce que le monde politique, comme d’autres univers, doit refléter la diversité du monde pour être plus performant et en phase avec la société qu’il représente. On comprend pourquoi l’égalité est rarement attractive et qu’il faille faire souvent de la mixité ou de l’égalité un « business case », passer par une démonstration mathématique pour faire intégrer ce que le bon sens et le sens commun comprennent aisément : la société est faite d’hommes et de femmes, il faut donc que les femmes aussi bien que les hommes puissent accéder aux processus politiques de décision et prendre part au dialogue démocratique. En France, par exemple, avant la loi Copé-Zimmerman de 2011, qui a obligé à mettre 20 % de femmes et d’hommes en 2014 puis 40 % pour 2017, dans les conseils d’administration et les conseils de surveillance des sociétés anonymes et sociétés en commandite par actions, les femmes n’étaient soi-disant pas visibles, il n’y en avait pas. Or, le cadre légal les a rendues étrangement visibles et présentes. Cette loi a rendu obligatoire une proportion et une attention à l’importance et à la valeur des femmes que les gouvernances sciemment ignoraient. Les hommes veulent continuer à conserver le pouvoir sur la marche du monde, dans les sphères politiques et économiques, à définir les règles du jeu, Ce qu’il faut mettre concrètement en place c’est définir un plan d’actions d’envergure nationale qui utilise un nouveau triptyque éducation/formation/quotas et générer ainsi un changement de mentalité à la fois pour les femmes et pour les hommes. La création d'une société inclusive et réellement démocratique passe d'abord par l'imposition dans la loi de quotas en commençant par les organisations et les entreprises puis par la sphère politique.

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