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« Les gens aiment participer à la construction de nos œuvres en carton » - Bom Dia Brésil
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« Les gens aiment participer à la construction de nos œuvres en carton »

Ce samedi 27 octobre, Olivier Grossetête proposera au Sesc Parque Dom Pedro II, situé derrière le Mercadão, une expérience artistique participative : la construction d’une partie d’un des édifices les plus connus de São Paulo, la cathédrale de Sé. Le tout en carton. Entre deux découpages de pièces, l’artiste français a expliqué sa démarche à Bom Dia Brésil.

Pourquoi avoir choisi la construction de la cathédrale de Sé pour samedi ?

Il y avait plusieurs options, dont notamment le Marché Municipal, qui est juste à côté. Mais au niveau de l’énergie collective, la hauteur marche mieux. Donc la cathédrale de Sé s’y prêtait mieux. Mais on ne va pas faire toute la cathédrale, juste une des flèches, c’est déjà pas mal ! Ça me plaît bien parce que c’est un symbole de pouvoir qu’on construit, puis qu’on détruit. On refait avec le peuple des images du pouvoir qu’on s’accapare puis qu’on détruit ensuite.

Les quatre jours précédant la grande construction de samedi, vous avez organisé des ateliers au cours desquels les gens viennent aider à construire les pièces en carton…

Je fais les plans avant de venir et mon équipe prépare les modes d’emploi, c’est-à-dire qu’elles extraient toutes les pièces à couper, on fait les mesures. Puis les équipes du Sesc, qui nous accueille à São Paulo, se chargent de trouver des volontaires pour composer des groupes afin de faire les découpages et premiers assemblages. On aime travailler avec des groupes mixés : des adultes, des ados et des enfants. Il y a des pièces qui sont plus compliquées, où il y a beaucoup de découpes à faire. Et pour les enfants des découpes simples ça peut aller, mais si on n’a que des enfants, toutes les découpes simples elles partent vite, mais il nous reste toutes les découpes plus complexes ! Pendant les ateliers, on fait toutes les pièces, on fait des pré-assemblages pour ne pas avoir à assembler chaque petite pièce le jour-même, on les regroupe déjà un peu pour faire des gros morceaux pour gagner du temps

Comment réagissent les gens en général durant ces ateliers ?

En général, les gens aiment ! Il y a un adulte depuis qu’on est là qui est revenu à chaque atelier, les enfants sont ravis aussi. On a eu pas mal de groupes d’enfants venant de quartiers défavorisés et ils étaient hyper motivés, hyper volontaires, contents de venir connaître le centre aussi.

Samedi, tout le monde pourra venir assister à la construction ?

Les gens peuvent venir juste assister, mais c’est encore mieux s’ils aident à la construction. Absolument tout le monde peut y participer. Là la construction devrait faire jusqu’à 30 mètres, alors que jusqu’à maintenant on a fait maximum jusqu’à 26 mètres… On commence par le haut, puis on glisse peu à peu des blocs par en dessous. Ça monte et les gens sont  peu à peu intrigués et viennent voir puis aider. Sur la verticalité, tu as vite besoin de plus de monde pour monter et tu les embarques pour soulever. Tu ressens dans ton corps l’énergie collective, ça galvanise les gens. Donc il est plus facile de faire une tour qu’un pont par exemple, parce que le travail est plus visible et attire les gens.

Depuis quand réalisez-vous ces constructions en carton ?

Ça fait 20 ans. J’ai fait les Beaux Arts, donc plutôt des arts plastiques en intérieur. Mais pendant mes études, j’en avais marre de toujours devoir justifier mon travail à tout prix : qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi ? C’est quoi ton concept ? Qu’est-ce qu’il y a derrière ? En gros c’étaient beaucoup de discours. Moi ce que j’aimais, c’était faire des choses. Et en parallèle, j’avais l’impression que dans une école, dans un musée, tu peux faire n’importe quoi, mais dans tous les cas, tu vas y coller du discours parce que c’est de l’art. La même chose en extérieur, ça n’a rien à voir. Une pissotière à l’envers dans un musée, ça fait couler de l’encre pendant des années et des années, tu mets la même dans la rue, rien de tout ça. Et moi toute cette verbalisation ça ne m’intéresse pas. Pour moi, une oeuvre d’art a diverses couches et tu peux l’apprécier de différentes manières, tu n’es pas forcément obligé d’avoir un mode d’emploi pour ça pour comprendre et apprécier.

Vous avez donc choisi de composer votre art à l’extérieur ?

J’ai en effet voulu sortir dans l’espace urbain parce que tu ne peux pas y tricher : soit ça marche, les gens accrochent et on le lit en tant qu’oeuvre d’art, soit ça passe complètement inaperçu. Il n’y a pas de demi-mesure. C’est aussi aller au contact des gens. Ce qui me plaît c’est que ce travail séduit autant des gens habitués des musées, parce qu’il y a quand même une réflexion derrière, que des gens qui passent dans la rue, parce que c’est un peu magique de voir des cartons prendre de la forme comme ça.

Pourquoi le choix du carton justement ?

Le carton, ce n’est pas un matériau facile parce que ça peut vite devenir n’importe quoi. Soit tu arrives à lui donner une forme et ça devient quelque chose de magique, s’il n’y a plus la forme, ça devient un gros tas de carton ! J’ai travaillé avec différentes choses, comme des collages par exemple faits avec des contraventions, des billets de banque, toujours des symboles de pouvoir que je malmène pour emmener ça autre part en fait. Mais dans la forme du carton, il y a également un parallèle avec la brique de construction. C’est peu onéreux, ça ne fait peur à personne. Avec des couteaux et du scotch, tout le monde peut le faire. Il y a aussi un peu l’idée du jeu à plusieurs, de la cabane en carton qu’on s’amuse à créer. J’aime aussi cet antagonisme entre l’architecture qui doit être pérenne et nos constructions qui sont très fragiles, et qui se montent avec un matériau auquel on ne croit pas.

Comment vous est venue initialement l’idée de cette démarche artistique ?

La première construction en carton, je l’ai réalisée quand j’étais aux Beaux Arts, à Valence. Le maire a changé et a supprimé des tas de subventions. Mais la première chose que ce nouveau maire ait fait, c’était d’éclairer la mairie jusqu’à minuit. Ça m’a fait penser à Cendrillon, on éteint tout à minuit, tout s’arrête ! J’ai alors voulu faire des tours en carton sur la mairie pour m’accaparer ce lieu avec quelque chose de dérisoire, qui est aussi un peu le symbole du faux. Je trouvais intéressant de faire le parallèle entre le pouvoir et le faux. J’ai commencé à travailler dans le hall d’entrée de l’école, parce qu’il n’y avait pas d’atelier assez grand. Des tas de gens me demandaient ce que je préparais, j’ai demandé à pas mal d’amis de venir m’aider. Ça a plus ou moins marché, parce que ce n’était pas aussi costaud que ce qu’on fait maintenant, mais on montait des pièces pour la première fois et il y avait beaucoup de vent, donc ça n’arrêtait pas de tomber. Pleins de gens sont venus nous aider spontanément. Ça m’a interpellé de voir l’enthousiasme des gens.

En sortant des beaux arts, on te propose souvent de faire des ateliers avec des enfants ou autres. Et moi du coup j’ai testé de faire des choses en carton. Et c’est comme ça que ça s’est mis en place peu à peu. Le carton, l’architecture et les gens, ça marche.

Toutes vos installations sont en effet basées sur l’architecture. D’où vient cet intérêt pour le domaine ?

Je n’ai pas fait d’études d’architecture, mais ça me plaît. Ce que j’aime, ce n’est pas connaître les termes techniques, les époques historique, mais c’est qu’on sent. On voit que l’architecture c’est une lutte contre la pesanteur. Tu sens les forces en action. J’aime comprendre comment ça a pu marcher pour construire tout ça. En dehors du côté architectural, il y a aussi un caractère social fort dans cette démarche. C’est en faisant des oeuvres comme ça qu’on rencontre des gens, en coupant les cartons ensemble, pas quand on est seul dans son atelier. Ça me séduit. On ferait une girafe en carton, ça ne marcherait pas pareil, là on bâtit quelque chose : c’est fort. L’être humain est un bâtisseur : il construit des maisons pour se protéger, mais aussi des cathédrales, des infrastructures qui ont une dimension spirituelle aussi.

Votre prochaine étape, pour votre 28e construction de l’année, c’est le Chili…

Dans une semaine, on part à Valparaiso. On va faire la maison de Pablo Neruda, la Sebastiana, sur la place principale. Valparaiso, c’est protéiforme, il y a des choses qui s’ajoutent et cette maison est comme ça, de bric et de broc. 

Informations pratiques :
QUAND ?
Construction, samedi 27 octobre, à partir de 10h.
Ensuite, il sera possible de venir voir la construction jusqu’au dimanche 4 novembre, quand la construction sera défaite, de 10h à 18h
OÙ ?
Sesc Parque Dom Pedro II (entre le Catavento et le Mercadão)
Praça São Vito
Bras
GRATUIT
Pour en savoir plus sur le travail d’Olivier Grossetête, consultez son site.

 

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