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Ces homosexuels qui décident de quitter le Brésil après l'élection de Jair Bolsonaro - Bom Dia Brésil
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Caroline et Julia (Julien Lecot)

Ces homosexuels qui décident de quitter le Brésil après l'élection de Jair Bolsonaro

Une dictature gay. C’était la vision du Brésil il y a quelques années de la future ministre des Femmes, de la famille et des droits de l’homme, Damares Alves. Si, depuis sa nomination la semaine dernière par Jair Bolsonaro, la pasteure évangélique a mis de l’eau dans son vin, des homosexuels effrayés par les perspectives homophobes de ce futur gouvernement ont décidé de quitter le Brésil.

A l’image de Julia, 21 ans, et Caroline, 24 ans, deux étudiantes de l’université fédérale de São Carlos (São Paulo). En couple depuis plus d’un an, elles ont décidé au soir du premier tour, voyant Jair Bolsonaro arriver en tête avec plus de 46 %, de réserver un aller sans retour pour le Portugal. Elles ne souhaitent pas « subir les conséquences du choix d’autres personnes ».

« Les Brésiliens ont toujours été assez homophobes et racistes »

L’insécurité est l’un des motifs principaux de leur départ. Caroline a déjà été victime de violences, qu’elles soient verbales ou physiques. A l’école, elle était moquée pour son orientation sexuelle. A la maison, elle a déjà été frappée par son beau-père. Aujourd’hui, elle a peur que ce climat se détériore, et ce à cause de l’élection de Jair Bolsonaro. Elle s’explique : « Les Brésiliens ont toujours été assez homophobes et racistes, mais il n’était jusqu’à présent pas possible de le dire haut et fort. Quand la personne au sommet de l’Etat peut se permettre de tenir ces propos, c’est comme s’il donnait l’autorisation aux personnes de faire ou dire des choses qu’elles n’osaient pas auparavant ».

Bien que le nouveau président du Brésil ait essayé d’être plus « politiquement correct » durant la fin de la campagne, cherchant à toucher les minorités, cela « n’efface pas ce qu’il a dit lors de sa vie entière ». En 2011, il avait notamment expliqué dans le magazine Playboy qu’il préférait « que son fils meure dans un accident de voiture plutôt que de le voir avec un moustachu ». En août dernier, lors d’un passage à au journal télévisé de Globo, il avait brandi Titeuf – Le guide du zizi sexuel, écrit par Hélène Bruller et illustré par Zep. Il affirmait qu’il était distribué dans les écoles lorsque Fernando Haddad, son adversaire du Parti des travailleurs (PT) était ministre de l’éducation (2005-2012) pour « apprendre à être gay ». Il avait d’ailleurs également fait un lien entre l’homosexualité et la pédophilie, et avait justifié cette agressivité en expliquant qu’un « père ne souhaite pas voir son fils jouer avec une poupée à cause de l’école ».

La peur « du bon citoyen »

Faire attention lorsqu’on marche dans la rue, principalement la nuit à cause des vols, n’est pas nouveau pour les Brésiliens. Mais aujourd’hui, c’est ainsi la peur « du bon citoyen » qui prime. Cela peut être « un voisin qui va mal nous regarder et pourrait nous agresser pour nos orientations politiques ou sexuelles ». Selon Caroline, qui est professeure de Krav Maga, cette peur n’est pas seulement la leur. Nombreuses sont les personnes qui l’ont contactée à la suite de l’élection pour prendre des cours de self-défense, dont beaucoup de LGBT.

Le Brésil, pourtant, n’apparaît pas en retard d’un point de vue législatif sur les droits des homosexuels par rapport à la France. A moins d’un mois d’intervalle, en 2013, les deux pays ont rendu le mariage entre personnes de même sexe légal. Derrière cette possibilité se cache pourtant une autre réalité. Selon l’association « Gay da Bahia », qui répertorie depuis sa création en 1980 les agressions contre les homosexuels et transsexuels, il y a eu une augmentation de 30 % du nombre de meurtres de LGBT entre 2016 et 2017 au Brésil. Toutes les 19 heures l’un d’entre eux serait assassiné ou se suiciderait dans le pays.

Se marier « tant que c’est encore possible »

Au-delà de leur peur personnelle liée à leur orientation sexuelle, Julia et Caroline sont aussi inquiètes par rapport à leurs convictions politiques. Lorsqu’elles imaginent leur pays dans quatre ans, elles y voient une situation pire qu’elle ne l’est aujourd’hui. La santé, l’éducation et l’environnement se dégraderont, selon elles, et les personnes seront plus révoltées. Elles s’imaginent avoir aussi moins de droits. Elles se sont ainsi mariées, « tant que c’est encore possible », avant leur grand départ lundi dernier.

Malgré tout, leur départ vers le Portugal n’a pas été facile. Elles sont parties sans aucune garantie, espérant trouver un travail le plus rapidement possible, n’ayant que de quoi vivre pendant un mois maximum grâce à leurs économies. Elles ont choisi ce pays pour la langue et pour les mesures facilitant la venue des Brésiliens.

Un sentiment de culpabilité

Rendre leur maison et tout ce qu’elles avaient construit ici depuis plusieurs années leur a fait un pincement au cœur. De plus, selon elles, cette décision, elles ne l’ont pas vraiment choisie, elle s’est imposée à elles. Julia s’est sentie « coupable de partir ainsi ». Elle affirme « aimer vraiment le Brésil », qui est pour elle « un pays fantastique, sur de nombreux aspects, mais avec trop d’insécurité ».

Lors de la dictature militaire (1964-1985), l’un des slogans du pouvoir était « Brasil ame-o ou deixe-o », (Brésil aime-le ou quitte-le). Caroline préfère les paroles de la chanson de Gilberto Gil, connu pour sa lutte contre la dictature, « o seu amor ame-o e deixe-o » (ton amour aime-le et quitte-le).

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