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« La musique peut transformer la vie des enfants du Jacarezinho » - Bom Dia Brésil
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Ph. Rio de musica/Facebook.

« La musique peut transformer la vie des enfants du Jacarezinho »

Bruno Aguilar (deuxième en partant de la gauche) et l'équipe administrative de Rio de musica (Facebook/Rio de musica).

Lancé il y a quatre ans au Jacarezinho, le projet Rio de musica propose des cours de musique aux habitants de cette favela de la zone nord de Rio. A l’occasion du Dia das crianças, célébré ce jeudi 12 octobre, Bruno Aguilar, coordinateur du projet, explique à Bom Dia Brésil ce que la musique peut apporter à des enfants défavorisés. Interview.

Comment est né le projet Rio da musica ?

A partir de juillet 2013, j’ai commencé à donner des cours de musique pendant six mois au siège de l’ONG Rio de paz, dans la communauté du Jacarezinho. Puis en 2014, j’ai travaillé sur un projet d’école de musique avec mon frère, afin de rechercher des soutiens et des fonds pour faire venir davantage de professeurs. On a trouvé un partenaire, et depuis 2014, on a six professeurs enseignant six filières différentes : batterie et percussion, basse, guitare, piano, flûte, chant, sans oublier initiation à la musique pour les enfants les plus jeunes. Au début, on a continué à donner les cours de musique au siège de Rio de paz, puis on a trouvé un terrain à l’une des entrées du Jacarezinho, sur lequel on a construit une petite école de musique.

Depuis son inauguration, notre école a été six fois la cible de tirs lors d’échanges entre trafiquants et policiers. Aujourd’hui, on est dans une situation provisoire où on donne nos cours dans les locaux de la bibliothèque Parque de Manguinhos.

Cette école a ouvert début 2016…

Depuis son inauguration, elle a été six fois la cible de tirs lors d’échanges entre trafiquants et policiers. Personne n’a été blessé, mais la situation s’est tellement aggravée qu’aujourd’hui, on est dans une situation provisoire où on a dû la quitter pour donner nos cours dans les locaux de la bibliothèque Parque de Manguinhos, alors qu’elle est fermée. On doit bientôt décider s’y on s’y installe pour de bon ou si on recherche un nouveau local à proximité du Jacarezinho mais pas à l’intérieur de la communauté, parce que la situation n’y est malheureusement pas gérable pour nous.

Qui sont vos élèves ?

On a de 40 à 50 élèves, ce sont des enfants, à partir de 6-7 ans, mais aussi des adultes et même des personnes âgées. On a des parents qui prenaient des cours qui ont convaincu leurs enfants d’en prendre aussi, et inversement.

Notre école de musique est un lieu d’accueil pour les enfants et pour l’ensemble des personnes qui y viennent : ils viennent y trouver de l’attention, de la motivation, il s’y sentent importants.

Qu’apporte la musique aux enfants du Jacarezinho ?

Lázaro et Gabriel, pendant un cours de guitare (Facebook/Rio de musica).

Pour moi, elle peut transformer la vie de ces enfants. C’est un processus très long. On parle d’enfants qui vivent dans des conditions très difficiles, à cause de la violence, de la pollution, de l’abandon. Mais ils s’investissent beaucoup et certains ont un tel talent qu’ils pourraient envisager devenir musiciens professionnels. Mais ce n’est pas l’objectif principal. En premier lieu, notre école de musique est un lieu d’accueil pour les enfants et pour l’ensemble des personnes qui s'y rendent : ils viennent y trouver de l’attention, de la motivation, ils s’y sentent importants. L’école de musique, c’est une autre maison, hors de leur propre foyer qui a souvent une ambiance compliquée, avec un père parfois alcoolique ou lié au trafic, ou une mère célibataire isolée. Les enfants qui prennent des cours avec nous peuvent se concentrer sur la musique, être en contact avec d’autres musiciens. Ils doivent développer une oreille musicale, ils apprennent la discipline en étudiant à la maison. La musique, c’est aussi une distraction qui leur permet de sortir de cette réalité si difficile.

Quelles sont les conséquences de la crise économique et sécuritaire pour les enfants des favelas de Rio ?

Elles sont dramatiques. Il y a d’abord le risque, direct, de mourir d’une balle perdue. On l’a vu dans notre école quand on était à l’entrée de la communauté, mais ça peut leur arriver quand ils jouent dans la rue ou sur le terrain de football. Et puis il y a les écoles qui ferment chaque fois qu’il y a une opération policière et des fusillades avec les trafiquants (NDLR : au mois d’août, 14.000 élèves ont été privés de cours pendant 11 jours consécutifs). C’est un problème pour la progression scolaire et le développement intellectuel des enfants. Je trouve ça dramatique que la réponse de l’État, hormis quelques initiatives ici ou là, se résume à une répression aveugle qui ne produit guère de résultats. Des policiers meurent et laissent des familles endeuillées, des passants meurent et laissent des familles endeuillées, des trafiquants meurent et sont vite remplacés, mais les choses ne changent pas. Il faut qu’on en parle dans notre société. Le modèle de la police qui entre en tirant dans la favela, ça ne fonctionne plus.

Comment peut-on aider Rio de musica ?

On a besoin de bénévoles, chacun peut apporter selon ses capacités, qu’il soit journaliste, musicien, propriétaire d’un magasin d’instrument. Et on a toujours besoin de soutien financier, on va commencer une campagne dans ce sens en novembre. On invite aussi des gens à venir sur place voir les actions qu’on mène, des expatriés ou des résidents de la Zona Sul qui n’ont pas trop l’habitude d’entrer dans une communauté. C’est bien de leur montrer autre chose que la violence, de montrer des actions positives. C’est difficile de mener à bien notre projet, mais les élèves nous demandent de ne pas arrêter, leurs parents aussi. Rio de musica est un vrai succès : on a avec nous six des meilleurs professeurs de musique de Rio, on a un mécène, on a des élèves, on a le soutien de la communauté, de l’ONG Rio de paz, mais la violence nous freine dans notre progression.

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