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Vingt ans après, des Brésiliens se souviennent de leur 12 juillet 1998 - Bom Dia Brésil
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Ronaldo, à la fin du match, avec Thierry Henry (Capture écran Youtube)

Vingt ans après, des Brésiliens se souviennent de leur 12 juillet 1998

Où étiez-vous le 12 juillet 1998 quand la France a été sacrée championne du monde de football ? Ceux qui étaient nés et/ou assez grands pour s’en rappeler peuvent y répondre immédiatement et conter cette soirée historique en détails. Mais qu’en est-il des Brésiliens ? Bom Dia Brésil a donné la parole à quelques-uns d’entre eux pour qu’ils racontent comment ils ont vécu ce moment au Brésil.

« Je n’ai jamais revu cette finale et je n’ai jamais voulu la revoir »

Charles Teixeira, 39 ans, São Paulo : « J’étais étudiant à Niteroi (Rio de Janeiro), je venais d’avoir 19 ans et j’avais décidé de me laisser pousser la barbe pour la première fois un mois avant, faisant le pari de me raser qu’en cas d’élimination. Personne n’était unanime sur les joueurs de la Seleçao, un peu trop ‘’politique’’, Romario s’était blessé juste avant donc nous manquions d’attaquants, mais l’équipe fonctionnait bien. Puis nous étions les tenants du titre (1994, ndr), ainsi que de la Copa América l’année précédente. La fête était encore plus belle lors de la phase finale car ou tu gagnes, ou tu es éliminé. Elle réunit tous les Brésiliens même s’ils aiment le football différemment, nous vivons alors chaque match comme si c’était le dernier. Lors du quart de finale contre le Danemark, j’ai vécu mon premier vrai churrasco de Coupe du monde et c’est avec ce match et son déroulement (victoire 3-2, ndr) que l’excitation a vraiment commencé. Lors de la demi-finale contre les Pays-Bas, je suis resté à genoux toute la prolongation et la séance de tirs au but, avant une nouvelle grande fête. Le Brésil se sentait alors en parfaite condition pour remporter le titre car les Néerlandais avaient réellement une équipe plus forte que la France sur le papier, les Bleus ne représentaient pas une menace aussi forte.

Le lendemain de la finale, je me suis mis face à mon miroir et j’ai rasé toute ma barbe. J’ai trouvé que j’avais un petit menton.

Quand la finale est arrivée, nouveau churrasco et la confiance était au sommet malgré toutes ces informations contradictoires sur Ronaldo juste avant le match. En réalité, je n’ai pas réussi à me concentrer sur le match et je ne sais toujours pas comment l’expliquer. Le début de match était tendu et après le premier but français (27e, ndr), je n’arrivais plus à regarder la télévision, j’étais bien trop nerveux. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais revu cette finale et je n’ai jamais voulu la revoir. Cette défaite a été un coup très dur dans la mémoire affective des Brésiliens. La semaine suivante, le pays était dans une ambiance d’enterrement, pire encore que le 7-1 (contre l’Allemagne en 2014, ndr), muet, personne ne savait quoi dire parce que la Seleçao est entrée en jeu pour perdre 3-0, elle n’a pas combattu, elle était apathique. Sans oublier les rumeurs sur la santé de Ronaldo, celles disant que le Mondial avait été acheté… Toujours est-il que, comme prévu, le lendemain de la finale, je me suis mis face à mon miroir et j’ai rasé toute ma barbe. J’ai trouvé que j’avais un petit menton. »

« J'ai grandi dans l'idée que Zidane était un monstre »

Selma Costa, 29 ans, São Paulo : « Lors la Coupe du monde 1998, je vivais dans une petite ville située loin dans l'intérieur de l'Etat de Bahia, avec toute ma famille. Mon père n'a jamais été particulièrement fan de foot, mais mes oncles et un de mes frères, qui avait 16 ans à l'époque, adoraient. Pour nous, il n'était pas question de regarder les matchs à la télévision, car nous n'en avions pas. La radio chez mes parents ne marchait pas très bien, donc nous nous réunissions chez l'un de mes oncles pour écouter les matchs à la radio. La Coupe du monde 1998 a été la première durant laquelle j'ai écouté quelques matchs, dont la finale, même si je n'y connaissais pas encore grand-chose. Et le jour de la finale, j'ai senti qu'il se préparait quelque chose d'important. On s'est donc réunis chez mon oncle. C'était bien simple chez lui : il y avait un banc sur lequel il était assis et tous les enfants étaient par terre. Il était hystérique et nous interdisait de prononcer le moindre mot durant la partie, pour ne rien perdre de ce que le commentateur, José Carlos Araújo, racontait. Et nous, on ne saisissait pas bien tous les enjeux, et même si on avait juste envie de nous amuser, il n'était pas question de lui désobéir parce qu'on avait compris que l'heure était grave ! Et on avait envie de savoir ce qui allait se passer. Sans compter que la radio, ça amène une tension dramatique incroyable. On voit le match à travers le récit du commentateur. Quand on l'entend commencer à s'emballer, c'est notre cœur qui accélère aussi qu'on le veuille ou non. Et il y en a eu des moments de tension durant cette partie. Mon oncle qui déteste les gros mots n'a pas arrêté d'en prononcer durant la finale face à la France. Même la personne qui s'intéressait le moins possible au foot ne pouvait que saisir que les choses ne se passaient pas au mieux pour le Brésil...

Le troisième but en toute fin de partie a été le coup de grâce. Mon oncle ne parlait même plus, il se contentait de hocher la tête de droite à gauche.

Les Brésiliens en général sont très confiants en ce qui concerne le foot : alors, après le premier but de la France, rien ne semblait perdu pour autant et on était encore plein d'espoir. Après le second, à la fin de la première période, l'excitation a commencé à laisser place à beaucoup plus de préoccupation. Tout le monde mettait Ronaldo sur un piédestal et pensait que la victoire viendrait de lui. Je me souviens très bien que mes oncles ont commencé à insulter Zidane, en disant qu'il avait "cassé" Ronaldo. J'ai grandi dans l'idée que c'était un monstre et ce n'est que longtemps après que j'ai découvert que le pauvre n'était responsable de rien du tout en fait. Evidemment, le troisième but en toute fin de partie a été le coup de grâce. Mon oncle ne parlait même plus, il se contentait de hocher la tête de droite à gauche. Les enfants se sont tous dispersés : la fête était finie ! Mais on en a parlé pendant longtemps de cette finale avant de se dire que tous nos espoirs reposaient sur le Mondial qui aurait lieu quatre ans après. Mais à titre personnel, c'est grâce à 1998 que j'ai commencé à m'intéresser au football, avec toujours ce goût de la radio, même si pour 2002, toute la famille a pris le car pour se rendre dans un bar dans une ville où on a pu voir pour la première fois un match à la télévision. Mais les commentateurs de télévision ne vaudront jamais la voix de José Carlos Araújo... »

« Même les dieux du football ont été surpris ce dimanche après-midi »

André Lima, 42 ans, Rio : « Après la Coupe du monde 1994, avec l’ascension de Ronaldo et le génie de Romario, il était évident que le Brésil était le grand favori. Cela faisait quatre ans que nous étions numéro un. Outre Ronaldo et Romario, Zagallo (le sélectionneur, ndlr) avait à disposition Cafu, Dunga le leader, Edmundo et sa fureur ainsi qu’un Bebeto efficace. Peu avant le Mondial, il y a eu cette controverse entre Zagallo, Zico (coordinateur technique) et Romario, ce dernier étant finalement écarté en raison d’une blessure. Même si cela a un peu diminué notre élan, notre aura de champion était toujours présente. A l’époque, j’étais totalement dans l’atmosphère de la Coupe du monde car je travaillais comme vendeur pour Centauro Esportes (chaîne de magasins de sport, ndr). J’étais enthousiaste d’avoir à m’occuper de touristes du monde entier. J’ai regardé les matchs du Brésil contre l’Ecosse, le Maroc, la Norvège, le Chili, le Danemark et les Pays-Bas dans le centre commercial où je travaillais. L’interaction avec les collègues rendait l’ambiance encore plus légère, cela jusqu’à la finale.

A la mi-temps, je croyais encore qu’un héros surgirait pour candidater à l’obtention d’une statue dans un lieu chic, mais non, rien.

Je suis extrêmement superstitieux et ce dernier match, cette finale fatidique contre la France, avait lieu un dimanche. Je devais donc la regarder avec ma petite amie et sa famille, des personnes qui ne connaissaient ni n’avaient aucun intérêt pour le football. La nouvelle du problème de Ronaldo m’a fait angoisser, mais j’avais confiance en Edmundo, son remplaçant naturel. J’avais foi en un résultat positif sur le sol français car je considérais que la Seleçao était extrêmement supérieure sur le papier. Je ne voyais que Zidane en face. Sur le match, c’était déjà une souffrance de le regarder avec des personnes qui paraissaient être à une assemblée de copropriété, mais les buts français, dès la première période, ont encore empiré les choses. A la mi-temps, je croyais encore qu’un héros surgirait pour candidater à l’obtention d’une statue dans un lieu chic, mais non, rien. Et j’ai encore dû avaler un but supplémentaire du médiocre Petit. Le pire a été d’entendre de la part de quelques convives qu’ils savaient déjà que cela se terminerait ainsi. Non, c’était impossible. Même les dieux du football ont été surpris ce dimanche après-midi. Le générique d’ouverture de Fantastico (l’émission du dimanche soir de Globo, ndr) avait une tonalité encore plus amère alors que le week-end se terminait. »

« Le jour de la finale, nous étions certains d'être couronnés champions »

Deborah Guimarães Faria, 46 ans, São Paulo : « Je me souviens très bien de la Coupe du monde 1998, parce que ça a été la première que nous avons vraiment partagée en famille, à savoir avec mon mari et mes deux petites filles, de 4 ans et 7 mois, parce qu'en 1994, j'étais enceinte de ma première fille. Pour cette compétition, les Brésiliens étaient très confiants. Notamment parce que nous avions déjà remporté le Mondial quatre ans auparavant. Et puis l'équipe était bonne et nous comptions beaucoup sur sa star, Ronaldo, qui était tout jeune à l'époque. Il était l'équivalent de Neymar dans la Seleção de 2018.

La Coupe du monde, c'est ce moment magique qui emporte tout le monde, même des personnes comme moi, dans un tourbillon d'enthousiasme.

Comme tout bon Brésilien, nous avons suivi l'intégralité de la compétition. Je dois bien avouer que je ne suis pas la supportrice la plus fidèle ou la personne qui suit le plus les résultats du foot. Mais la Coupe du monde, c'est ce moment magique qui emporte tout le monde, même des personnes comme moi, dans un tourbillon d'enthousiasme. Nous avons donc regardé tous les matchs avec nos amis les plus proches. Le jour de la finale, nous étions certains d'être couronnés champions. Après, il y avait tout de même le cas Ronaldo qui était un sujet d'inquiétude : on savait qu'il lui était arrivé quelque chose, qu'il avait fait un malaise, sans trop savoir ce qu'il en était précisément. Alors tout le monde a commencé à parler de "Coupe achetée" et quelques théories du complot ont fusé. Toujours est-il que pour ce dernier match, ce n'était pas le joueur qu'on connaissait et c'était bien décevant. L'appréhension n'en était que plus forte. Alors évidemment, avec tous les espoirs que nous avions, les trois buts français ont créé un désespoir total parmi nous. Mais sans aucun doute, le joueur français que je retiens de cette finale du Mondial 1998, c'est Zidane ! »

Témoignages recueillis par Amélie Perraud Boulard et Corentin Chauvel

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