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Carlos Alberto Afonso, l’homme qui fait vivre la bossa nova à Ipanema - Bom Dia Brésil
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Carlos Alberto Afonso (P. Roubaud/Bom Dia Brésil)

Carlos Alberto Afonso, l’homme qui fait vivre la bossa nova à Ipanema

La première chose qui frappe le visiteur en entrant dans la boutique de Carlos Alberto Afonso, c’est l’air doux et dépaysant de bossa nova qui vous accueille. Vient ensuite le chaleureux sourire du maître des lieux, détournant la tête de ses livres. « Bom dia, comment puis-je vous aider ? » Nommée la Toca do Vinicius - en référence au grand poète brésilien Vinicius de Moraes - la petite livraria est le repère carioca de la bossa nova et de la musique populaire brésilienne. João Gilberto, Tom Jobim, Roberto Menescal… tout le répertoire est là.

Carlos tient cette boutique depuis 1993. À l’intérieur, CD collector, vinyles, DVD, livres et d’énormes plaques de ciment rectangulaires où les plus grands noms de la chanson brésilienne ont volontiers gravé leurs empreintes de mains, à la manière de celles que l’on retrouve sur Hollywood Boulevard. « Ma première pierre c’était Maria Bethânia en 1969 », se remémore fièrement le propriétaire de la boutique, qui cumule aujourd’hui 124 pièces.

Pas besoin d’être archi-convainquant pour faire parler Carlos sur la musique qui le passionne. Le voilà déjà qui bat l’air de ses bras, chantonne et improvise quelques petits pas. Cariocas ou touristes, connaisseurs ou non, le vieil homme donnerait envie à n’importe qui de rentrer rapidement chez lui, un disque sous le bras. Il rigole. « J’aime la bossa nova, elle est universelle, elle me permet de bavarder avec n’importe qui. » En 2006, Carlos a accueilli Henri Salvador sur le parvis de sa boutique. L’artiste français, qui a vécu à Rio de Janeiro dans les années 1940, fut le 51e à plonger ses mains dans le ciment pour venir agrandir la collection personnelle de Carlos (voir la vidéo ci-dessous).

Vocation de professeur

Les bons souvenirs s’entremêlent dans la mémoire du veille homme. « Beaucoup de monde est entré ici pour bavarder », raconte-t-il en désignant le dessin que lui a offert le caricaturiste français Plantu, alors qu’il passait dans sa boutique il y a de ça quelques années. « Je continue de recevoir du courrier et des livres de gens que j’admire, cela me fait plaisir. » Il se remémore aussi avec nostalgie les quelques mots échangés avec Jacques Chirac et Lionel Jospin alors qu’il était convié au 18e Salon du Livre de Paris, pour y exposer sa collection personnelle.

Carlos se raconte dans un français impeccable. « Mes parents me destinaient à une carrière diplomatique », se justifie-t-il avec modestie. Mais sa vocation à lui, c’était l’enseignement. Alors dans les années 1970, Carlos est devenu professeur en théorie de la littérature et littérature portugaise. « J’aimais beaucoup enseigner, ma classe était un théâtre. » Et on imagine bien la scène, en le regardant gesticuler tel un comédien entre les livres et les CD, les yeux brillants remplis des souvenirs du passé.

Durant ces mêmes années, en parallèle des cours qu’il donne, il organise des petits festivals de musique dans la cité carioca, « toujours dans un but éducationnel, jamais pour l’argent ». Pour Carlos Alberto Afonso, la bossa nova est un instrument politique, qu’il se plaît à utiliser : « La société brésilienne est pauvre et immature, mais elle est très douée ; le problème c’est qu’elle n’en a pas conscience. »

Marxiste depuis ses dix-neuf ans, l’ancien professeur souhaite un « éveil des consciences » de la classe populaire de son pays. Car pour lui les faits sont indéniables, « le peuple brésilien a deux vocations : le sport et la musique. Malheureusement, la plus grande source de potentiel se trouve chez la classe pauvre, qui n’a aucune conscience de son talent. »

Invitation « très spéciale »

Un jour, à la fin des années 1980, Carlos reçoit une invitation « très spéciale ». Le célèbre compositeur et producteur de musique brésilien Ronaldo Bôscoli le convie chez lui pour « bavarder ». Il lui propose de créer ensemble la maison de la bossa nova, un lieu de rencontre, d’exposition et de représentation musicale. « C’était le rêve ! » s’exclame Carlos, « mais je ne pouvais pas accepter, j’étais professeur, qu’adviendrait-il de mes élèves ? » Après mûre réflexion, l’homme accepte finalement, mais à une condition : ce sera la Toca de Vinicius et non la Casa da bossa nova, une petite boutique de livre et de musique, un lieu de débats, de rencontres musicales et de projections de documentaires. Victime de son succès, le maître des lieux a finalement accepté le deuxième titre de Casa da bossa nova quelques années plus tard.

Le grand projet de Carlos Alberto Afonso pour les prochaines années est d’achever le dictionnaire de la bossa nova qu’il a commencé il y a maintenant vingt-trois ans. Son objectif est de le faire publier le 10 juin 2021, pour les 90 ans de João Gilberto, le fondateur du courant musical. Carlos porte haut en estime l’illustre musicien brésilien, « il est né pauvre, avec du talent et il avait l’envie. C’est un exemple parfait pour le Brésil. »

Avant de quitter Carlos avec regret, l’homme bienveillant nous livre - tout en théâtralité - un dernier conseil : « La bossa nova ne s’apprend pas dans les livres, elle fait boum dans la poitrine. Pour la comprendre il faut écouter João Gilberto jusqu’à la mort. »

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