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« En raison de l'usage intensif des pesticides, l’UE doit menacer de boycotter les produits brésiliens » - Bom Dia Brésil
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(jestermaroc/Pixabay)

« En raison de l'usage intensif des pesticides, l’UE doit menacer de boycotter les produits brésiliens »

Dimanche, 46 députés et 17 ONG français publiaient une tribune dans le Journal du Dimanche, en réaction aux incendies ravageant plus que jamais l'Amazonie. Ils demandent à l'Union européenne, grande importatrice de soja notamment, de mener une lutte plus ferme contre la déforestation, ce qui passe aussi par un plus grand contrôle des produits importés. La question se pose d'autant plus lorsque l'on sait que la quantité d'agrotoxiques utilisés dans l'agriculture brésilienne, certains pourtant interdits en Europe. Professeure de géographie à l'Université de São Paulo, Larissa Mies Bombardi a publié en début d'année un Atlas des usages des pesticides au Brésil. Fruit de dix années d'études, cet atlas est disponible en anglais et en portugais. Bom Dia Brésil l'a rencontrée afin d'évoquer l'usage massif des agrotoxiques au Brésil.

Que contient votre atlas ? 

Cet atlas est une comparaison de l’utilisation des pesticides au Brésil et en Europe. L’idée est de discuter de la contradiction de leur usage parce qu’une grande partie de la vente émanant de ces producteurs de poisons est réalisée par des industries qui siègent en Europe et interdisent dans leur pays une grande partie des produits qu'ils vendent au Brésil. Quelle contradiction ! 

Quel est le lien entre le Brésil et l'UE en matière d'agriculture ?

Le Brésil s’insère sur le marché mondial en vendant des produits de base et est un pays subordonné à l'UE. D’un point de vue économique, le pays perd beaucoup car nous vendons des produits de base et leur production a un impact sanitaire et environnemental énorme. Cette subordination est triple : environnementale, économique et sociale. Je souhaite montrer que les entreprises qui fabriquent les agrotoxiques ont leur siège dans des pays où la loi ne leur permettrait pas de vendre leur production, mais ils les vendent dans des pays plus laxistes, comme le Brésil.

Qu'est-ce que cela représente ?

Un tiers des agrotoxiques utilisés au Brésil sont interdits en UE. Le jus d’orange, le café et le soja sont les trois produits les plus exportés vers l’UE. Pour le café, 25 % des agrotoxiques utilisés pour sa culture au Brésil sont interdits en UE. Si l’on regarde au Brésil, les cultures les plus contaminées en termes de volume sont le soja, la canne à sucre et le maïs. Mais en ce qui concerne l’UE, ce sont les jus d’orange. Près de 80 % des jus d’orange exportés du Brésil le sont vers le continent européen. Quant au soja brésilien (à 98 % transgéniques, ndr), il nourrit les animaux en Europe, mais est interdit à la consommation pour l'humain. C’est une astuce car on peut être sûr qu’il y a un impact. Sur le soja brésilien, on autorise 200 fois plus de résidus de glyphosate que sur le soja européen. C’est un point important car le glyphosate est un produit dont on discute beaucoup l’interdiction en France (prévue pour 2021, ndr). Dans une grande partie du soja brésilien, on peut être certain de la présence de glyphosate. Dernier exemple, les haricots. Leur niveau de malathion autorisé au Brésil est 400 fois supérieur à celui autorisé en UE.

Comment l'Europe peut-elle se protéger contre cela ?

L’UE doit menacer de boycotter les produits brésiliens, vérifier les niveaux de résidus dans les produits achetés au Brésil et exiger que les produits interdits en Europe le soient aussi au Brésil (avec des niveaux de résidus équivalents). Pourquoi ici accepte-t-on 5.000 fois plus de résidus d’agrotoxiques dans nos aliments et l’eau courante ? Il faut une harmonisation mondiale des conditions humaines face aux agrotoxiques et que les Européens prennent conscience du danger des produits qu’ils importent. L’UE doit aider le Brésil à exiger les mêmes normes. Les lois de l’UE concernant les produits exportés sont aléatoires et il n’existe pas de sanctions si les produits ne sont pas conformes. Davantage de transparence est nécessaire, il serait inutile d’arrêter d’acheter brésilien pour à la place acheter colombien par exemple. Le problème est le même dans toute l'Amérique du Sud.

Si l'accord commercial avec le Mercosur est ratifié, quels seraient les risques pour les consommateurs européens ?

Le risque pour les consommateurs de l'UE, si la clause du principe de précaution n'est pas vraiment insérée dans l'accord, est qu'il est possible que les personnes mangent des aliments contenant des résidus d'agrotoxiques au-delà des limites autorisées par l'UE. Ou pire, qu'ils mangent des aliments contenant des résidus d'agrotoxiques interdits par l'UE. Une étude de PAN (Pesticide Action Network) Europe a montré qu'environ 80 % des aliments importés du Brésil par l'UE contenaient des résidus d'agrotoxiques et qu'environ 10 % avaient une teneur en résidus supérieure à celle autorisée par l'UE. Le Brésil est actuellement le deuxième plus grand fournisseur de produits agricoles sur le marché européen. Cependant, environ 30 % des agrotoxiques autorisés au Brésil ne le sont pas en UE.

Cet accord commercial peut-il être positif et pourquoi ?

Je pense que si la clause de principe de précaution est effectivement maintenue et contrôlée dans l'accord Mercosur-UE, ce sera bénéfique aux deux côtés. Les consommateurs européens seront plus en sécurité et, au Brésil, l'agriculture répondra à une norme internationale minimale si nous voulons que le marché européen continue à acheter nos produits.

Pourquoi l'usage des agrotoxiques est-il si toléré au Brésil ?

Le gouvernement brésilien est extrêmement permissif sur la législation des agrotoxiques. Il fait la médiation entre les intérêts des grands producteurs brésiliens et les multinationales. Il les favorise clairement. C’est d’abord l’intérêt économique qui prime, au détriment de la santé publique et de l’environnement. Si l’on regarde qui sont nos ministres de l’Agriculture et de l'Environnement actuels, il n'y a pas de doute, ils sont clairement là pour favoriser ces intérêts. En regardant la Chambre des députés et le Sénat, ce sont aussi les grands producteurs et cette économie qui sont privilégiés. Tout le pouvoir actuel va dans ce sens.  Il y a un projet de loi qui est surnommé « le combo empoisonné », qui vise à flexibiliser encore davantage cette tendance. Ce projet de loi est solidement soutenu au sein de la classe politique. 

Que peut faire le consommateur français pour tenter de se protéger contre cela ?

Le consommateur français doit éviter d’acheter des produits brésiliens et exiger un contrôle plus rigoureux de ceux-ci. A court terme, il doit privilégier les produits bio. C’est pour cela que j'ai présenté publiquement mon travail en anglais et en Europe afin de provoquer le débat au sujet d’une législation internationale des agrotoxiques, à la manière du protocole de Kyoto (réduction des gaz à effet de serre). Certes, c’est une bataille contre le néoliberalisme, mais c’est une nécessité. 

Et au Brésil, une partie de la population est-elle protégée ?

Au Brésil, la contamination n’a pas de classe sociale. L’eau courante étant contaminée, tout le monde est touché. Même l’eau en bouteille peut potentiellement être contaminée car les nappes phréatiques sont potentiellement infectées. De plus, l’eau courante peut contenir des hormones, des métaux lourds en plus de traces d’agrotoxiques… 

Votre travail vous place-t-il dans une situation difficile au Brésil ?

J’ai été menacée de manière indirecte, mais je ne travaille qu’avec des données qui sont officielles et publiques provenant du Brésil ou de l’UE. Je me protège sur le fait que tout ce que contient mon atlas, ce sont des données qui sont publiques. En revanche, c'est la première fois que l’on diffuse ces données de cette manière. Personne au Brésil ne semble mesurer la gravité de la situation et encore moins en Europe. C'est tout le but de mon travail. A ce rythme, dans dix ans, la principale cause au Brésil de mortalité sera le cancer. Même l'Anvisa (Agence nationale de vigilance sanitaire) fait le lien entre les agrotoxiques et les cancers. 

Quelles sont les alternatives ?

Notre seule alternative est de changer de modèle. Il existe un projet national de réduction des agrotoxiques (Pinara). La société brésilienne doit se mobiliser pour ce projet. Toute la conception de l’agriculture sous le gouvernement actuel est liée à l’exportation des biens. L’actuelle ministre de l'Agriculture a notamment déclaré que les agrotoxiques sont « une sorte de médicaments et que les plantes sont malades et ont besoin de ces médicaments ». Quand on lui parle d’intoxication, elle responsabilise le travailleur agricole en prétextant qu’il ferait un mauvais usage des produits. En termes d’agriculture, les perspectives au Brésil sont les pires possibles. 

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