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Pierre Schoeller : « Dans ce film sur la Révolution, on évoque la question de nos fondations politiques » - Bom Dia Brésil
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Pierre Schoeller (DR)

Pierre Schoeller : « Dans ce film sur la Révolution, on évoque la question de nos fondations politiques »

A l'occasion du festival Varilux du film français, le réalisateur français Pierre Schoeller est au Brésil pour présenter son dernier film : Un peuple et son roi. Bom Dia Brésil l'a rencontré. Entretien.

Pourquoi avoir choisi d’évoquer ce grand événement historique qu’est la Révolution française, alors que vous aviez plutôt traité des sujets contemporains auparavant ?

Pierre Schoeller - Ce qu’il y a dans le film, c’est la question de nos fondations politiques et même humanistes sur la citoyenneté, l’engagement, la liberté, la fraternité. Ces choses qui sont très vivantes et qui ont été inventées avec la Révolution française. Ça c’est presque intemporel et assez universel. Pour moi ces premières années de la Révolution, c’est un phénomène de civilisation, qui touche bien au-delà de l’Europe et qui va apporter une pierre à la construction des conditions de l’homme et de la femme. Mais pas seulement en France, partout. C’est ça qui est fort. Ce n’est pas un événement simple.

Votre précédent film, L'Exercice de l'Etat (2011) évoquait la question du pouvoir. C'est une thématique que vous avez souhaité continuer à explorer à travers Un peuple et son roi ?

Pour moi, il y a une vraie continuité de thématique et de questionnement sur L’exercice de l’Etat et Un peuple et son roi. En fait, le centre du film sur la Révolution, c’était de prendre un moment où la politique était source d’invention. Où l’engagement, le questionnement et le débat politique pouvaient changer la société. Et ça s’est passé à ce moment-là de manière assez saisissante parce que ça a eu une puissance assez incroyable. Et d’une certaine manière, pour moi, la nature même de la politique, ça devrait être constamment ça. Constamment chercher à améliorer la condition des hommes, des femmes, des droits des enfants, des droits à la scolarité, des choses importantes. La politique devrait avoir ce souci plutôt que que celui du taux de croissance.

Dans le film, vous insistez beaucoup sur la partie des discours politiques, plus que sur les dialogues entre les personnages...

Il y a en effet assez peu de fiction. Le parti pris du film était de donner une vie au peuple et de ne pas centrer sur des personnages qui seraient emblématiques de tout le destin de la Révolution. On retrouve quand même des personnages tels que Louis XVI (joué par Laurent Laffite ndr) et Robespierre (joué par Louis Garrel ndr). Mais le peuple, il participe. Ce qui est important, c’est presque l’anonymat des gens qui participent à la prise de la Bastille, aux émeutes, parce que l’engagement est collectif.

Le rôle des femmes durant la Révolution a mis longtemps à être reconnu. De votre côté, grâce aux personnages interprétés par Adèle Haenel, Izïa Higelin, Céline Sallette et Noémie Lvovsky, vous mettez en avant leur action...

Le rôle des femmes est là parce que le parti pris est sur le peuple. Et donc dans la constitution du peuple, il y a les femmes évidemment. Il n’y a pas de discours féministe dans le film en fait, mais elles étaient là. On les voit moins en général parce que le pouvoir est détenu par les hommes. Alors qu’en fait, elles ont un rôle historique dans certains événements bien plus fort que celui des hommes. La marche des femmes est un événement charnière du cours de la Révolution, et il est mené par les femmes.

On sent qu'il y a eu un travail colossal de documentation. Comment avez-vous préparé ce film ?

Pour la documentation, c’était énorme ! Le film, j’ai mis plus de six ans à le faire. J’avais autour de moi une espèce de collège d’historiens qui ont suivi le film, mais j’ai quand même fait tout le travail de recherche d’iconographie, des archives moi-même grâce à internet, avec l’accès libre aux archives de la Bibliothèque nationale de France. C'est incroyable tout ce qu’on peut faire avec cet outil-là.

Ce qui est intéressant c’est qu’on vit ce film avec beaucoup de suspens, alors qu’on connaît logiquement les grandes lignes du déroulé historique…

Sur presque trois ans, on suit les événements, mais aussi le peuple. C'était amusant parce qu'une spectatrice m'a dit un jour qu'on en arrivait même à oublier qu'on avait coupé la tête du roi. L’obsession que j’avais en faisant le film, c’était de construire du présent, des choses au présent. Et non pas de survoler l’histoire. Il ne s’agit pas de célébrer l’Histoire ou de faire un cours, il s’agit de repasser par ces émotions et elles sont assez magnifiques.

Comment est né ce titre, Un peuple et son roi, où le souverain est placé en second, après le peuple ?

Je ne voulais pas tellement qu’il y ait le mot révolution, parce que c’est trop lourd à porter. Et l'idée n'était pas non plus de faire une biographie de Louis XVI. Je voulais un peu orienter le spectateur sur le rapport du peuple avec son roi. Le roi vient en 2e terme et le roi est défini dans son lien au peuple, grâce au possessif.

Dans l'une des scènes, qui se détache du reste du film par son caractère surréaliste, Louis XVI communique avec ses ancêtres. Quel rôle a-t-elle ?

C’est une scène qui surprend parce qu’elle est un peu hétérogène dans le film. Je l'ai trouvée en lisant un pamphlet de marquis réactionnaires. On croit qu’elle est fictionnelle et en fait pas du tout. Après coup, je pense que j’aurais pu donner un peu la clé au spectateur, en disant que ça appartient à leur monde, que ce n’est pas moi qui projette une scène. Je l’aime d'ailleurs beaucoup parce qu’elle donne l’idée de dynastie et le poids politique de Louis XVI, c’est aussi celui du poids dynastique.

On sent que vous avez soigné tout à la fois la musique et l’aspect esthétique des images...

Ce film, c’est un livre d’images. ll y a un côté opéra d’images et la musique y contribue. Je l’ai vraiment conçu pour qu'il soit compris par toutes les cultures. C’est pour ça que c’était intéressant de le montrer en Chine ou en Corée par exemple et ça s’est très bien passé. J'attends donc avec impatience les retours du public brésilien que je vais rencontrer pour la première fois.

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